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Article Vedette

Voilà le secret le mieux gardé du marché de la main-d’œuvre

« Je suis riche! ». J’ai été enchantée d’entendre une jeune fille réjouie faire une telle affirmation lors de la conférence Women Building Futures présentée à Edmonton. Briqueteuse depuis deux ans, elle imagine mal sa qualité de vie dans deux ans quand son salaire fera un bond de 50 %.

J’ai eu une réaction semblable lorsque j’ai touché mon premier chèque sur un chantier de construction commerciale. J’ai sauté dans mon camion et conduit mes enfants à la première fripperie venue. Je leur ai donné 10 $ chacun en leur disant d’acheter le vêtement de leur choix, qu’il soit pratique ou non. Je savais alors que j’avais fait le meilleur choix de ma vie. Je n’allais pas subir le sort de plusieurs mères seules qui ne profitent pas du soutien d’un père. Ma vie allait être faite de sécurité et de dignité! À cette époque, je me demandais souvent pourquoi j’étais la seule femme sur le chantier. Vingt ans plus tard, il est triste de constater que peu de femmes choisissent les métiers spécialisés. Les femmes exerçant un métier depuis plusieurs années sont étonnées de ne pas voir plus de jeunes filles les imiter et souhaiter exercer un métier payant, créateur, satisfaisant et novateur.

À titre de directrice générale de l’organisme Saskatchewan Women in Trades and Technology (WITT), j’entends plusieurs femmes me raconter qu’elles voulaient exercer un métier, mais qu’elles n’ont pas réalisé leur rêve. Le plus souvent, elles doutaient de leur propre capacité. Ces doutes viennent du fait qu’elles n’ont pas eu l’occasion de faire l’essai d’un métier ou de connaître des femmes de métier, des modèles de femmes ordinaires ayant réussi une carrière dans un métier.

Même si les métiers sont des emplois de nature physique, il est faux de croire que ce travail physique exige une grande force. Les femmes de métier tirent une grande satisfaction et beaucoup de joie du travail physique. Il faut les entendre se vanter de leur grande forme qui leur vient tout simplement du travail. Elles n’ont même pas à s’imposer des séances d’exercices au gymnase. D’autres femmes aiment travailler à l’extérieur. Elles aiment bien ne pas être assises à un bureau et voir le résultat de leur travail à la fin de la journée. En fait, nous aimons bien montrer des photos de nos réalisations et passer devant les édifices que nous avons construits. La confiance en nous augmente à mesure que nous réalisons des projets.

Le travail physique offre de nombreux défis où un bon équilibre et la petite taille des femmes représentent des avantages certains. La force physique, la peur des hauteurs ou la crainte associée à l’utilisation d’une échelle ou d’un échafaudage importent peu. Une femme de métier apprend rapidement à utiliser son corps comme levier pour exécuter des tâches difficiles ou à choisir le bon outil ou l’équipement nécessaire pour déplacer un objet lourd. Au cours de ma carrière de 25 ans, il ne m’est arrivé qu’à quelques reprises de faire appel à une personne plus forte que moi pour me donner un coup de main.

Pendant que les exigences physiques font hésiter certaines femmes, d’autres craignent d’être constamment souillées. Je dois dire qu’une telle attitude m’étonne quand je compare mon métier (mélange de brin de scie et de sueur) à celui des travailleuses de la santé qui manipulent les liquides corporels des malades ou au travail des gens d’entretien qui doivent laver les toilettes.

Les femmes ne faisant pas carrière dans les métiers évoquent de nombreuses raisons pour justifier leur décision. Qu’en est-il des femmes qui optent pour les métiers? Tout comme moi, plusieurs d’entre elles partagent les mêmes craintes. Nous constatons rapidement que nous pouvons satisfaire les exigences physiques de l’emploi et acquérir les compétences techniques nécessaires. Nos employeurs nous accordent habituellement une évaluation « élevée » ou « très élevée » et plusieurs femmes de métier gravissent en peu de temps les échelons de l’entreprise.

Même les femmes de métier qui passent à autre chose le font rarement à cause d’exigences physiques insurmontables. C’est surtout la culture du milieu de travail qui indispose les femmes. Il faut dire que la femme de métier est souvent la seule femme présente sur le chantier. Elle se sent isolée et arrive mal à s’identifier à ce milieu. Les pressions sociales négatives, plus que les exigences physiques, provoquent les départs. Les femmes de métier sont conscientes du problème. Elles ont tiré des leçons et sont bien organisées pour transmettre leurs connaissances. Les femmes ont recours aux pressions politiques, aux ateliers éducatifs, aux bandes vidéo et à divers programmes pour éliminer les obstacles leur interdisant l’accès aux métiers. Nova Scotia WITT et Women in Resource Development in Newfoundland représentent bien les organismes provinciaux qui préparent les femmes à exercer un métier et qui leur expliquent les milieux de travail qui les embaucheront.

Dans l’ensemble, les travailleuses du Canada gagnent un peu plus de 70 % du salaire des hommes. Même si on a enregistré des progrès notables en matière d’équité salariale, l’écart a peu rétréci au cours des dix dernières années. Les « choix » de carrière faits par les femmes expliquent en grande partie la situation. Même si le pays compte quelque 500 classifications par profession, 75 % des femmes se retrouvent dans 20 d’entre elles. La plupart du temps, il s’agit d’emplois de fournisseures de soins mal rémunérés.

Les femmes qui s’affranchissent des contraintes sociales reliées au choix de carrière touchent habituellement un salaire plus élevé. Rejeter un poste « réservé à un sexe » et opter plutôt pour l’un des 480 autres emplois peut ouvrir des portes franchies par un nombre très limité de femmes. À quelques exceptions près, les métiers se trouvent à l’extérieur du petit noyau de 20 emplois mentionné plus haut. Il faut faire abstraction des normes sociales pour explorer ces postes satisfaisants et bien rémunérés. Les mères et les pères doivent faire preuve d’une plus grande ouverture d’esprit à ce chapitre et orienter leurs filles dans cette nouvelle direction enrichissante.

La pénurie de main-d’œuvre imminente dans les métiers signifie que de nouveaux débouchés se présentent aux femmes. Dans les années 1970, les femmes ont eu accès à de nouvelles possibilités d’emploi dans les secteurs médicaux et juridiques. Les technologies de l’ingénierie s’y sont ajoutées dans les années 1980. De nos jours, ce sont les secteurs de la construction, de la mécanique et de la fabrication qui s’ouvrent à elles. Autant les associations nationales, les conseils sectoriels nationaux que les grands employeurs voient dans les femmes un immense bassin de main-d’œuvre qui peut atténuer la pénurie imminente.

Les femmes sont-elles prêtes à relever ce défi? La réponse est claire. Une nouvelle génération de jeunes femmes est prête à faire son entrée sur le marché. Elles savent qu’elles ont le droit de travailler dans les secteurs de leur choix. Elles veulent prendre leur place sur le marché du travail. Elles veulent connaître les joies et les gratifications du travail physique.

Keri Boyko connaît bien les avantages offerts par les métiers spécialisés. La jeune femme d’une vingtaine d’années qui a suivi un apprentissage de quatre ans est au nombre de 12 femmes de Saskatchewan ayant obtenu le statut de compagne dans son métier au cours des 35 dernières années. Elle dirige une entreprise d’électricité de Moose Jaw dont elle est copropriétaire. Keri siège également au Saskatchewan Electrical Trade Advisory Board.

Keri a entrepris une carrière d’électricienne dès la fin du secondaire. C’est alors qu’elle a découvert son métier. Son instructeur du secondaire l’a encouragée à utiliser ses compétences en mathématiques et sa soif d’apprendre et de réussir pour devenir apprentie électricienne. Invitée à offrir des conseils aux autres jeunes femmes, Keri répond ce qui suit : « Fixez-vous des objectifs et ne ménagez aucun effort pour les atteindre. Une carrière dans les métiers est très enrichissante. »

 [Employer Toolkit]

Valerie Overend est compagne charpentière et directrice générale de l’organisme Saskatchewan Women in Trades & Technology. Valerie est également facilitatrice WITT au Saskatchewan Institute of Applied Science and Technology et représente les femmes au Conseil d'administration d Forum canadien sur l’apprentissage.

Pour plus de renseignements sur les emplois dans les métiers spécialisés, il suffit de visiter le site Web à : www.metiersspecialises.ca.

Cet article a d’abord paru dans Briarpatch (www.briarpatchmagazine.com).



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